Dimanche 27 mars 2005
7
27
/03
/Mars
/2005
00:00
Parmis les nombreux surréalistes pendant la période de l'entre-deux-guerres, certains se sont manifestés en montrant leur révolte face à l "Grande Tuerie". Cette révolte s'est retrouvée notamment dans l'écriture (poésie, littérature...). Certaines formes d'écriture telles que l'écriture automatique, le courant éléctrique utilisé par A. Artaud en tant que forme révolutionnaire.
Son but était clair: que la poésie redevienne action, et action magique, ce qui impliquait de la part du poète qu'il se fasse "voyant" afin de "changer la vie". Ce sont d'ailleurs ces mots d'ordre qui furent ensuite à la base de l'entreprise surréaliste: Desnos écrivant sous forme d'hypnose, Soupault et Breton s'enfermant pour lâcher un jet mêlé d'écriture automatique les Champs magnétiques, toutes les variantes du cadavre exquis furent autant de moyens d'atteindre à une certaine voyance. Quant aux inombrables actions quotidiennes absurdes auxquelles ils se livrèrent en assénant après Lautréamont que la poésie devait être faite par tous et non par un, elles exprimaient elles aussi leur volonté de "changer la vie". Artaud participa à leur aventure mais la quitta quand ce "changer la vie" se fixa dans les bornes fades de l'adhésion au parti communiste; il poursuivit dans sa voie sans se contenter d'une régression de l'idée de "voyance" aux canevas freudiens.
De sa révolution dans l'écriture en témoigne d'abord sa typographie personnelle: Artaud ne respecte pas les paragraphes mais fait se succéder des éclairs sur la page, soulignant systématiquement certains mots, une, deux ou même trois fois, marquant de subites montées d'intensité. Il ne construit pas d'oeuvre: il enchaîne les fragments et passe de la poésie au théâtre, du théâtre au cinéma et du cinéma à la peinture comme si tous ces arts n'étaient pas pris séparément mais traversés par une seule pulsation électrique qui jamais ne s'arrête ni ne se fixe, se répandant rageusement dans l'infinité des possibles. Son style, sa violence, sa fluidité nerveuse, ses fulgurances, tout chez lui a la puissance, la rapidité et la magie de l'électricité. Et comme l'électricité, sa pensée aimante de nouveau les pôles opposés qu'on avait séparés: le corps et l'esprit, la culture et la vie, le réel et le rêve, la mort et le vivant.
" Des rêves se sont les couronnes
des nuits des heures monotones
Que vous donnez à ceux qui meurent.
de ne croire qu'à ce qui demeure" écrivait Philippe Soupault.
On peut citer quelques écritures de Breton qui sont une forme de révolution lorsqu'il écrit les lettres ouvertes à Daumal qui paraissent dans une journal périodique (dont le nom n'a pu être retrouvé dans nos recherches). Aragon a lui aussi écrit des poèmes qui expriment une sensibilité aiguë et touchante, révélant les entiments du jeune poète, ses souvenirs d'enfance, de guerre, d'enterrement d'un ami, l'appréhension des regards curieux des autres, une pudeur farouche; ils évoquent également l'amour éphémère, la sexualité, l'amitié et la mort. Ils donnent voix à la révolte de la jeunesse sortie tout juste de la guerre et témoignent de sa volonté de rebâtir la société et la littérature.
Extrait de "Lever"
[...]
L'âge ingrat sortes de mascarades
Drôles de voix hors des faux-cols
On rit trop fort pour être gais
Je me sens gauche rouge craintes
Mes manches courtes.
Extrait de: "Programme"
[...]
Je mets au concours: l'anarchie
dans toutes les gares.
extraits de deux poèmes parut dans 'Feux de joie' parut en 1920
Eluard, un des autres artistes qui a adhéré au communisme a écrit dans un poème sur la victoire de Guernica, des vers faisant référence au communisme ou encore où deux vers ont une ressemblance frappante avec l'hymne communiste: l'Internationale: "roses rouges " -->emblême socialiste.
Beau monde des masures
De la nuit et des champs
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple
La mort cœur renversé
Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir .
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.
Commentaires